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Transe

Plongée dans un théâtre de peu de choses. Une ligne est un mur, une bougie posée sur le sol, dans le noir, impose un disque de lumière. L’improvisation a commencée depuis quelques minutes : on partage les repères d’un monde qui n’existe que par tension d’imaginaire. Il ne s’agissait pas seulement d’échauffer son corps, de réveiller en plein hiver des muscles engourdis, des sensations peu sollicitées, mais d’étirer son esprit en le sortant du monde, en le brûlant à d’autres sphères. Se réchauffer auprès d’un foyer inexistant.

Le souffle est le véhicule de ce transfert. La chute à la fin d’un exercice éreintant, le corps calque le sol, se relâche et tout passe à la respiration. L’espace entre un souffle et sa réponse s’allonge, s’étire, c’est un sommeil, fictif lui aussi, et réceptif à l’extrême à la voix pénétrante du metteur en scène. Il insiste, ses mots s’insinuent, nos doigts se crispent autour de leur chair : un sol d’été, sol de forêt, tout crisse, c’est une plage, un soleil, puis l’air doux d’une nuit. C’est la terre humide d’un cimetière, aspiré par ces phases nous sommes entrés sur scène en restant immobiles.

Somnambules, épris d’un rêve. Nos mots à la sensation. Pièce par pièce et sous les paupières closes, nous remémorons.

Et je vois, j’entends. Craquèlement de feuille, fraîcheur de mousse. Une main invisible ouvre des boîtes scellées au fin fond de ma mémoire. La banque des choses très précieuses, par amour, lui fait crédit. Alors, les murs reculent, le sol s’efface, d’autres textures leurs succèdent.

Soudain, odeur âcre, un incendie. L’urgence, la confiance, la patience convoquées sur un mot d’un metteur qui n’est plus qu’émetteur, sur cette fréquence imperceptible. Notre collection de situations, d’essences prêtes à flamber.

Peut-être qu’un dieu n’a pas créé le monde, mais simplement convoqué, remanié, quelques souvenirs d’enfance.

Rien ici n’est hors du commun : cette méditation, cette improvisation, c’est une manière adulte de revenir aux jeux d’enfants. L’illusion alors n’était pas seulement de mise, et si n’était pas si suspect, on serait si formule suspecte.
Et pourtant c’est le tour de la magie de l’esprit un autre monde qui s’est déployé dans l’air, il arrive que plusieurs personnes y vivent et s’y croisent.

Où la joie où le deuil où l’agonie.
Oui, dialogue avec un autre qui n’est plus cet ami,
et nos mains qui sont autres.

Un vers d’Apollinaire me revient
« Non je ne me sens plus là
Moi-même
Je suis le quinze de la
Onzième »
Le souvenir de ces improvisations à l’étrange qualités des souvenirs de rêves.

« La nuit… tu improviseras la vie » est-ce donc cela le secret ?

Rien n’est réel, et rien n’est plus réel : le coeur qui bat à tout rompre. Le sang dans les joues,
le goût du sang dans la bouche.
Les coups, le cri.
On dit « le théâtre » et on ne comprend pas ce qu’on dit.
Ces jours-ci sont passés dans l’âtre d’un brasier, le palais ou la cours des miracles, miroir des vérités.

On dit le théâtre et on ne l’entend plus.
Texte, paroles, sons, mot pour mot.
Bien sûr que tout est possession, que c’est un art de nécromant, à ressusciter les morts : ce n’est pas tant que j’ai lu mon Shakespeare madame la juge,  c’est que j’en ai un peu en moi, comme un junkie son héroïne, comme un amant la maladie de sa coquine.
(Ecoute. – j’écoute… -Il y a un monstre. – Il y a un monstre…
j’écoute en marchant et je répète les mots d’une amie, comme un cordage qui passerait d’elle à moi, le texte ou le poème passe par la voix : mot par mot, noeud par noeud je tire ça à moi, je répète les mots et par ma bouche je les goûte : qui parle par ma voix ?)

De la pages au flot sanguin, cash, o mes amis junkies.

Et quel tintement de synapse : le vers équivoque et qui  vit.

Ces significations qui vivent en nous, qui nous dépassent, qui nous survivront : nous marchons dans leur sillage
mais eux, ils vivent en nous : j’emmène ces vers partout,
avec moi ils verront du pays,
et certains vers d’Apollinaire, depuis que je les ai appris,
j’en suis certain
profitent bien du voyage.
Takin’ everyone for a ride : et ces gens qui ont une bibliothèque poussiéreuse dans la tête
quand il suffit d’avoir un seul livre ouvert, vous savez… celui des Sables…
l’Aleph qui me hante et m’accompagne.

O, quelconque lettre soit ma compagne.
Je parle aujourd’hui de la transe d’avant-hier
et je vous vois venir,
j’avais donc dragué quelque drogue ? mais non je parle de chant, de danse, d’action.
Et mes amis à vrai dire ce cerveau n’avait besoin que du prétexte d’un rythme incendiaire pour brûler brûler vraiment tout entier et DEVENIR.
Il y a des danses de séduction, des danses intimes et secrètes
des danses d’oubli de soi mais  je ne parle pas de ces rêves de rave : quatre cachets, une acide Queen, le coeur collectif de la foule etc…
Je parle de ces danses sacrés, des danses de transes qui m’étaient inconnues
je parle d’un autre sens qui n’est pas un art de teknival parce que je doute
que les séductions ordinaires qui sont pour certains le seul frisson solide puissent s’effectuer
au milieu des cris.
A. Le cri.
O.
Ar  le plus terrible des cris. Le cri n’en finit pas.
Comment en dire un seul mot
de cette transe imprévue, de ce réveil traumatique.
Je bourdonne en saccade j’ulule et je spirale : le monde autour de cette vrille défile
mais la danse rattrape et dépasse le tournoiement et me dépasse moi
quelque chose monte dans ce bourdonnement : la nausée qui se déchire en migraine
A ! cette bille de flipper de plomb fondu confondu expulsé & catapultée 300 000 fois par kilomètre et par seconde
A ! la bombe hurlante et détonnant mille fois par seconde
les fontanelles vous savez ces lignes qui semblent au crâne griffonnées : les fontanelles FENDILLENT ET CRAQUENT
tout est concentré
sur un point impossible
entre le front et les yeux,

il n’y a pas de point
cette douleur
n’existe
nulle part.
Ainsi j’ai senti… ainsi je raconte…
Cette migraine qui me suivait depuis quelque jours, qui jouait du pique et de la fleur,  et qui se révélait en pleine lumière,
cette douleur lancinante qui daignait paraître en son ampleur
Je suis tombé à terre,
j’ai hurlé de tous mes poumons,
j’ai absolument hurlé
quand on hurle on ne se pose pas trop la question du qu’en dira-t-on.
Mais tentez seulement de hurler,
dans votre chambre : et vos voisins ?
dans la rue : et les passants ?
dans la forêt : et si quelqu’un ?
qu’en pensera-t-on ?

Hurlez hurlez vous verrez bien le bailllon
vous la sentirez bien la prison intérieure
on versera dans votre sang quelque paroles
emmorphinantes.
on serait bien capable de vous enfermez pour votre bon bien
si jamais vous surmontiez votre aimable surmoi.
Je suis tombé à terre, tombé, je ne dis pas, je n’écris pas chuté. À plat ventre, comme on mord la poussière comme on palpe le sol de ses doigts redevenus animaux, doigts de mouche ou de gecko. J’ai hurlé

sans faire semblant
pour la première fois

et sans faire semblant de naître
j’aimerais dire la douleur insoutenable de la migraine

je l’ai soutenu
non
elle m’a soutenu

et ces voix en moi qui discutent de la marche à suivre,
si tout de même il ne faudrait pas chercher de l’aide
et pourquoi personne ne me vient en aide, me couper la tête au moins, me donner un glaçon je ne sais pas,
les autres ont d’autres problèmes
ils ont des problèmes d’autres
cette fois c’est entre moi et moi

la douleur, la douleur hurle son nom : elle hurle douleur impossible de ne pas la reconnaître
pourtant le masque tombe

ce n’est pas un muscle un os fracturé je ne sais quelle dissection de l’être ce n’est pas un cancer ce n’est pas un cachet
je n’ai pris de trop qu’une trop grande gorgée d’air, un saut suspendu dans l’air, un pas de trop
ai-je simplement arrêté de m’en faire, moi qui suis si peu familier à toute forme d’introspection

un verrou à cédé comment pouvais-je pressentir cette véritable marée derrière

je parle, il faut bien que j’en parle
puisque les choses ont changé
ah, ce que l’homme aime dire AVANT et APRÈS !
je ne peux pas ici, et j’aimerai bien, écrire sur plusieurs tableaux à la fois
parce que c’était DIX fois la pensée simultanée
c’était multiplié : qu’est-ce qui et qui s’y dédoublait ?
La douleur criait son nom, et la sensation murmurait : si tu résistes tu vas t’écorcher.
O oui, et crois moi de cette écorchure on ne se remet pas
ta tête après tout pourrait véritablement exploser
la douleur pourtant petit noam ne t’es pas étrangère
non plus que le plaisir
mais tu ne sais rien de la nature des sensations

et ce masque qui craquèle qui se constelle et qui tombe, lentement
ce qui s’appelle douleur, ce qui s’abroge le droit et la couleur de la douleur c’est la PEUR PANIQUE d’une sensation illimité :
PANIQUE d’un incendie gigantesque sans flamme aucune  d’un tourbillon d’odeur sans qu’aucun encens soit consumé
D’UN SENS SANS STIMULI.
Embrasse-le…

et je l’ai embrassé.

Et la sensation, et la douleur, et la couleur et tout ce que je contenais  :
comme je voudrais ne plus nommer, nomenclaturer, raturer
c’est notre, c’est mien : le nom transparaît…
Théologie crépitantes comme des tonnerres du monde ancien : est-ce l’océan père et mère
d’où les objets du monde empruntent les gouttelettes qu’elles  nous impriment en sensations

Cette mer est intérieure

En moi ça valse : on déteste ce mot CONVULSION
mais les brides qui sanglaient mon corps ont lâché net
et je danse sans lâcheté sur cet océan primordiale
et prime au diable  ! et puis je ne bouge plus
je suis un souffle dans sa pureté

la tête
la tête contre le sol
à des milliers d’années lumière y-a-t-il encore seulement un metteur en scène.
le massage, la calligraphie je ne sais plus par quoi commencer toutes ces choses qui me travaillent
où mon être est
car je ne sais ni danser ni chanter ni dessiner
toutes ces flèches et ces diagrammes et ces mouvement ces vecteurs
la plume sur la feuille, la main sur la chair, la force sur un constant.
j’entrevois si clairement le langage d’énergie et de forme
Faire naître le mouvement et la forme où le blanc demeurait
masser en mouvement et faire naître des formes sur un corps qui renaît
au bout de mes doigts crispés sur le planchers, mes doigts de lézards, mes doigts de mouche, mais doigts de singe chercheur de signes,
je palpe le plancher avec la force d’un gisant
j’ai trop gyré, j’ai trop tourné, entièrement chaviré spiralé mon esprit à bout de force va jusqu’au bout
de l’intensité
un galet précipité à la vitesse de la pensée sur cet océan intérieur : EXPLOSE EN RICOCHET QU’EXPOSE EN RICOCHET SE POSE
« comme un papillon de mai »
vision.
hors de mes oreilles
l’énergie qui écoule comme une procession d’insectes pacifique en onde en spirale
nuages d’insectes graciles et géométrique je vous vois mes fourmis ailées mes fractales
fracassantes
vision.
MAIS PAR LE MOT !
non ! les yeux et les oreilles ne font pas que prendre au monde
essayez de respirer sans prendre et sans donner

par la bouche le souffle : tentez de le retenir tentez de vivre sans cette polarité !
Nous somme fait de ce va et vient, si délicieux, si doux
par les yeux par les oneilles et par le nez je sens le va et vient de cette marée
ces yeux, ces doigts, ces oreilles, que l’on peut ouvrir, fermer ou tourner vers soi-même

VISIONS bien sûr les racines de toutes choses j’entrevois au bout de mes doigts les racines

…bien sûr l’Yggdrasil…
je n’allais pas voir Mickey non plus

VISIONS :
j’ai eu des visions déjà, aux moments fatidiques et merveilleux des mystères de l’amour, en l’instant gaîné d’or.
dans des maisons désertes j’ai eu des frissons de lumières et le spectre des personnes passée
sous influence j’ai caressée des synesthésie et sous certaines pluies j’ai littéralement nagés dans des océans de souvenirs
dans le lointain, un orage de chaleur m’a écrit un poème
VIE : j’ai plongé, j’ai volé, j’essaye de tout mon coeur de vivre sans heurter

V : mais j’ai été heurté
par moi même
de plein fouet

jamais
je n’ai jamais rien vu
senti rien
d’aussi éprouvant.
je n’ai rien dit
de ce que j’ai vu
je n’ai rien dit
de ce que j’ai ressenti
et qui bat en moi
comme un coeur bat
je  ne peux pas
graduer
cette beauté

cet mer est intérieure

et le confort de mon lit
et la chaleur de mon amour
et le bonheur de la vie
n’en sont pas changés
mais au fond de moi j’ai
la fraction d’un bribe d’un fragment esquissé
j’ai compris
j’écoute…

J’aime
et
c’est un autre jour.

Bien sûr qu’il y a des révélations,
la mienne est-elle celle du langage

je le pensais déjà à travers le massage
il y a là un langage immense
le toucher
un langage, une poésie possible
et je croise des gens qui n’ont que deux mots de vocabulaire tactile
frapper baiser,
et je me doutes bien qu’ils les prononcent mal,
et je sais bien qu’ils en arrivent à les confondre.
Alors faire des phrases, faire de verbes, décliner des temps et des temporalités
sur des tempes et des tempes… on en est loin

l’encre a son langage, l’encre se manifeste dans un verre d’eau, si seulement on lui prêtait attention
l’homme a l’instinct d’imiter
il apprend les langages
mais il ne se contente pas de répéter mot pour mot.
il en va de même du théâtre
o oui, ce ne sera pas du mot pour mot.
je ne ressens pas en moi la flamme du talent que je vois brûler
dans certains de mes amis que je veux voir enflammer les scènes du monde

mais je commence à comprendre
du théâtre
le langage.
Comme au sortir de tout rêve
chaque mot devient profond
chaque mot précipite dans le souvenir d’un autre rêve.

bien sûr que les faits sont glissades
et les glissades précipices
je sais

Raconter, narrer, à chaque instant c’est choisir entre deux mots qui s’embranchent et qu’on embroche à notre goût
il y avait un milliard de choix pour raconter cette histoire
et j’ai pris la première venue, je suis descendu jusqu’au bas de cette page immatérielle
cette avenue : je n’ai rien dit, j’ai tant passé sous silence, étal détails évidences étalant des coïncidences

mais la requête que voici dans la distance dans son absurdité

AU BAS DE LA PAGE / OUVREZ LA FENÊTRE /S’IL VOUS PLAÎT

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