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Essieux, spectres

L’ordre de l’Est

Après-guerre

III. Paganismes

 

I. L’ordre de l’Est

Incipit

 

En pleine nuit, à l’heure où le dernier train de FRET abrège les rangées de tours pour filer vers son dépôt à l’Est, la vieille se relève, trébuche contre la bassine jaune, se prend les pieds dans les tortillons du téléphone, à nouveau réveillée par la symphonie du sommeil. A cause du souvenir de l’autre, plus rudimentaire, au râle plus bruyant encore, aux fenêtres plus maigres et sans les verres, celui qui l’emmena vers l’Est.

Les points mouvants du noir renvoient mon ventre contre la poignée branlante de la porte des cabinets . J’entends sursauter la lumière restée allumée dans le salon. J’avance d’un pas. L’air frais de la nuit s’est imprégné de nos pièces. Les jambes de la vieille ont du passé la porte. Je ne savais pas qu’elle sortait la nuit ! Toutes les nuits ? Pour un gang ? Même si j’ai école demain, je la suis. J’en aurai à répondre aux camarades. Ils ne l’ont pas vu ma grand-mère, au petit matin, filer à vive allure sur sa mobylette par-devers deux noms de communes rouges, le cou haussé, se forçant à l’enthousiasme. Elle file vers le garage. Je sais où elle va, à présent. Je connais le raccourci qui me permettra de la rejoindre sans trop de peine en jeans et en chaussons jusqu’à la gare.  Je prends mon cahier de brouillon: on ne sait jamais, il y a peut-être des notes importantes à prendre d’une entrevue avec des bandits. Il pleut. Elle exagère. Je ne savais pas qu’il faisait aussi froid en juin. Derrière l’avenue, il y a un petit mur troué qui donne sur le ronflement ininterrompu des autos le long du périphérique. Mes pieds raides hésitent à s’aligner sur la route. Je marche, malgré les bourdonnements et l’étourdissement des phares. Il y a une sortie qui donne directement sur le parking de la gare. La mobylette de Grand-mère est déjà là, stationnée devant un immense panneau publicitaire pour des cigarettes américaines. Son pare-brise est couvert de vignettes des années précédentes. Un jour, elle ne verra plus rien du tout.

Elle est là, en tailleur, sur la bordure d’un quai dépeuplé, son calepin dans une main, un crayon dans l’autre. La pluie, dehors, impose à ses doigts son rythme. Les lettres se cabrent sous son ordre. Ses doigts se lèvent tour à tour pour répéter ce geste ; ils ne tolèrent aucune interruption. Elle n’a pas vu que j’étais juste derrière ; elle n’a pas vu ce que je répétais sur mon cahier de brouillon.

Allégorie

 

Ce que cherche ce train, c’est cette gare vers laquelle il se meut. Porte-il la crainte ? Que connaît-il de la halte qui se voudra sa nourrice? La locomotive ne redoute rien car toutes les gares sont sa mère, et elle sait que chacune d’elle lui frayera la place du fils prodigue. A l’heure, elle quitte son buttoir en sifflotant. Mais ses wagons pleurent en un râle-mourir, ils s’accrochent aux panneaux devenus seuls sur le quai, les vitres collées aux jambages des toponymes locaux, ils s’enroulent aux rayons des grosses horloges qui comptent les mètres déjà parcourus par le train. Le pupitre commande de sa haute raison, et eux crient à s’en multiplier. Les wagons regardent l’arrière, délaissé d’eux, ils savent qu’ils ne se reverrons plus. La locomotive, toute agitée de sa symphonie, vise l’avant de ses gestes essentiels.

 

Le stadium

La nuit bègue frelate les étals des linges. Est-ce l’urine des chiens qui inhibe la neige, roulée en sanglots ? Il fait tiède sur les poils des bras des adultes enrôlés. Deux files sont tracées de part et d’autre de l’autoroute. On départage deux cheptels. Quelque part sent la truffe d’un sanglier. Il y a une autre file, un entre-filet, garée à l’arrière de l’autorail. Des plus petits prient la nuque encerclée d’un rosaires aux boules de pétanque. Un jeu de ball-trap heurte leurs récitations.

Je regarde, avec l’étonnement pour unique horloge, cet immense roc qu’est le ciel prononcer les premières lumières de seigle sur l’Est encore assoupi. Les premiers trains du matin respectent leur sillon. Ils marquent les pulsations de la durée. Je suis venue encre en mains, mais je m’aperçois que le flanc de ses hautes machines de terre n’autorise aucune signature. C’est la lucarne perchée à sa plus haute arrête qui prévient mon geste; elle baisse mes yeux du ciel, surpeuplée de spectres.

A quai, la chaleur grimpe, vide les cageots d’organes jusqu’alors contenus dans mon ventre. Il n’y a pas d’eau pour m’accorder répit. A présent, j’équivaux à la raideur d’un relief de granit, je ne peux pas tricher.

Là-bas on aperçoit le stadium et les parois des lotissements.

Province perdu

 

La petite ville arrimée

entre l’Eglise et le haras

fière comme une carafe sur son napperon blanc

de ses théâtres et de ses museums

de son grès gominé et de ses géraniums

Elle est saoule sur les cartes, à cause de

ses rus sans eau

ça

par dessous son nom vêlé.

 

Le soir sonne, les hardes ne s’attardent pas

elles rentrent, digérantes, sous leurs parois de torchis

à l’heure hagarde où les volets râlent

les relans du soleil

et les hordes d’adultes enrôlés

plus sûrs encore

que le sapin des tables,

que les croix à six branches qui pendent à leur gorge

et les soldats de plomb qui furent leur bonne enfance.

 

 

Leurs suites, le dimanche et les six autres jours

comptent les jours avec

le bois des poutres, rival du feu

mais, pour rien

les enfants rapiécés testonnés pour dimanche.

 

Ils reniflent, alanguis, les remous du gaz et des pores

leur mâchoire, proéminente à cause de la boisson des autres

corrige le vent dans leurs cloison nasale

pour avaler leur porc

 

Les adultes s’agacent tous de ces lasses simagrées

de ces dents maladroites, de ces becs déplacés

eux, s’enlisent en hurlant, la hure dans leur auge

ces noms qui tractent les hommes

vers de vastes terrains qui sont leurs terminus

 

tandis que l’on sillonne leur torse

d’ongles parallèles les uns aux autres.

 

 

Un jour, ils ne partiront pas

De la petite ville arrimée

entre l’Eglise et le haras

fière comme une carafe sur son napperon blanc

de ses théâtres et de ses museums

de son grès gominé et de ses géraniums

saoule sur les cartes à cause de

la prochaine guerre qui l’éraflera

mais la ratera

à nouveau,

A ras.

 

Si tombent à la renverse

leurs fessiers improbus

Les dieux verront leur faux sourire

se retourner.

 

 

A bas

 

En bas vibrent, à force de bondir

comme un rire dru et rare

qui s’étire en dépassant les dents

et remonte hébété par deux narines tarées —

Eux.

 

Gabiers sans bateau,

en bas, ils boudent « à bas »

dans un demi sommeil

et attendent jusqu’au soir

le goût des bières en boite —

bonimenteur.

 

Entre dans leur âtre, et l’introït

tressaille

le mot racaille :

le claquement d’une balle écartée du rang

qui casse un volatile ;

le mot racaille :

compressé dans le carré d’un écran ;

le mot racaille :

oiseau sans plume collé sur le goudron gommé ;

le mot racaille :

pouâcre chariot volé, les roues offertes à l’air

pour débrailler les cieux ;

le mot racaille :

sacre  immobile

de cris

sans embarcadère.

Il a mille ans

 

Il a mille ans

l’âge d’un ventre

l’âge d’un empire

là où s’ébat, molle

la colonie des refusés

dans ses intestins

il écoute à peine l’étreinte

il ne gronde pas, il craint

que le gaz ne s’allume

contre lui

il sait qu’on le hait

pour son nombre

seul, il est déjà dix

à cause de ses  courbes qui sont

déjà celles des autres

et de son crin trop vif

qu’il faut rompre à la hache

tous les mois sur un fauteuil en fer

dont on lui fera lécher la rouille

jusque dans ses rêves de vieillard

il parle mal, car connaît mal les phrases

qu’on ne lui a pas apprises

parce-qu’il était plusieurs

et qu’il n’était rien

qu’importe,

fait-on parler plusieurs.

 

Les soir, en secret, il traverse

l’interstice interdit du parquet

il descend ses dents jusque dans ses entrailles

pour les faire taire

il se rapproche des livres

tire un volume d’un étage

le libère de son rang

en modifie la brochure

de ses mains noires

poly-dactyles

les lignes sont surpeuplées, mais les pages se tiennent singulières

et l’ouvrage dans ses bras, existe pour lui seul

chaque mot est distinct,

entier comme un château

in-usagé

il couche sa joue contre le grain du papier

il écrit, sans droit

très promptement

à l’encre violette qu’il devine de son sang

le pigment hâve des fantômes de mille ans

il écrit qu’il écrira

qu’il habitera quelque part

avec de la lumière jaune dans des interrupteurs

et de l’eau chaude qui supprime

les coupures des phalanges

et aussi des radiateurs

pour voir la couleur rouge

et des cadeaux, encore

des chiffres digitaux

qui écriront la date

du jour

il trace, sans pouvoir toucher

des vestes  à  sa taille

qui sentent la vanille

d’une lessive à la mode

l’odeur mal à l’aise

des cotons déjà mis

moites sur sa peau, dès l’origine

l’imprègnent.

 

Il repose le livre à sa place

les poussières se répartissent la pièce

en particules

le soir s’abat

les autres ont étendu leur corps

par-devers elles, pour dormir, et geignent

il est le seul

que le gel gêne.

Si l’ombre est un droit

 

D’où provenaient ces crépitement d’or ? Les limailles de poudre qui tranchaient le sol étaient elles l’engeance de la terre ou bien du soleil ? Chaque carreau qui débordait du ciel ne dégorgeait que poussière. Cela venait donc du dessous, d’un magma brûlant qui m’était invisible, et dont je n’apercevais que le reflet fatigué.

A l’Est, ce vieil astre bouillant se couchait à l’heure des poules, secouant avant de dormir ses prolongements inégaux. Un instant alors, la durée du passage des rangées de lumières, l’intérieur de la pièce renfrognée de taches beigeâtres se démasquait. Ainsi, je vis le mur et toutes ses érosions, inhibé de vert. le vert, emporté par les rinceaux de lumière, contournait l’air et se pendait aux barreaux en bois des lits. Je le regardai jouer à tous ces jeux d’enfants : il mimait le poirier et le cochon pendu, encerclant d’une ombre nouvelle mon matelas, plus tenace et plus nette que les ombres du matin. L’or crée par les ombres distinguait lui seul les figures de ce parc opaque. Je ne me défilais pas, traînant chaque soir les ombres des yeux. J’espérai que les choses, surélevées par la noirceur des ombres, seraient assez vives pour se sauver de cette odeur marâtre qui enceignait la pièce.

J’habitai alors un îlot, dont chaque minute, avec l’intransigeance des tyrans, diminuait le commandement.

L’aurible otobus

 

l’aurible otobus

avence

comme on crie-bas

Un jour, j’ai dessiné sur la vitre de ma place.

Le procès a eu lieu sans plus attendre. Je fus déférée devant le siège du conducteur. Celui-ci me tenait par le cou, puisqu’on pend un canard ; ses mains vides ne toléraient aucun pli. Les jurés se sont amusés à l’intérieur de la moelle blanche de mes yeux- les jurés de huit ans – tandis que le volant carrelé, abusé de rouge à lèvres, harcelaient mes courtes jambes. Derrière la vitre fendue d’humidité, suait la triche. Sur le rétroviseur qui servait à surveiller les enfants, j’ai tracé une grosse dame qui rigole en mangeant des châteaux. On avait oublié de me couper les ongles.

 

Pas une horreur, les rêves ne mentent pas.

Le cancre

 

Je scande les lignes, courbée

à l’horizontale

les coudes ocres encore

des dernières crosses.

Un canon de karst

se hâte d’éclater.

 

C’est leur verbe à eux,

qui gesticule au feu

de ma langue de sauvage.

C’est leur verbe à eux

Qui colporte à ma gorge

l’eau croupie

de leurs histoires d’hier.

 

La classe s’écrie :

Ça ne connaît

ni les mots funeste et funèbre,

ni les mots délétère et dilettante

ni les mots far et faste,

ni les mots rhombe et trombe

ni les mots croupe et poupe,

et coupe,

et cape et cap

et ça confond tourbe et fourbe

étron et éperon, avec écrou

et crasse avec crisse.

Leur verbe à eux harassent.

 

 

Le cadastre au fond de mon palais

d’hiver

est peuplé de bêtes indomptées

échappées du cirque

des feuilles et des animaux rares

de chats devenus lynx

contre les crocs cassés

de Cerbère enchaîné ;

 

à leurs sons revenus, ma bouche se fait arche

d’où s’échappent entre de bras d’ébène

des chevaux terribles

venus de mon désert de neige

l’attelage sauvage,

hennissement tutélaire

sature

le crépis des parois.

 

 

« Attitude fantasque et déplorable.  »

 

Le cancre, écarlate, se cambre

ses cris s’écroulent sur ses crayons craquelés

ses poings, bientôt, s’écartent du cercle.

« Je » ne suis plus qu’un enfant de couleur.

 

La classe ricane

ses pieds se cognent, à la répétition

« je veux partir ».

 

La station calme

et les dents parallèles,

je quitte

les spectres encastrés dans des porches —

des porches ajourés de lettres d’or —

rassasiés des décrets fantoches

en pile, dedans leur tabernacle.

 

« Vous pouvez mettre du verre sur ma chaise,

je ne m’assoirai plus dessus. »

 

 

Libreté

 

Sur la table des vauriens

Sur le chiendent et la chienlit

Sur les portières des taxis

Sur les sangles des coffres faibles

sur les insectes et sur leurs bruits

Sur l’écume rosée des tyrans

Sur toutes les fautes répertoriées

Sur les tranches des livres affamés

Sur les écrans des caméras

Sur les curricula mortae

 

J’écris ton nom, libreté

Car j’aimerai bien aller jusqu’à toi

 

 

Pour avoir été

Pour avoir passé ces portes

une seule fois

et lâtré leurs promesses

une seule phrase

pour avoir porté

quelque fois

ces paletots sans plastron

souillés à la javel et à l’ancienneté

pour avoir plié les paupières

une sainte seconde

sous l’épave de mon propre sang

pour avoir bavé

un jour

des borborygmes en place de plaidoirie

pour avoir badiné, genoux sur des batoudes

pour leur plaire,

à bout

pour avoir jappé « peut-être »

en croyant creuser ma place,

le piquet

pour avoir pué

un soir de froid

lorsque la pluie me tirait dessus

pour avoir préféré la paix

à l’orgueil des organes qui tremblent

pour avoir été

un oeil sans pupille

pièce sans valeur pilonnée aux poings

et, pour m’être méprise

du prix du plomb, aussi.

 

Encre à crédit

 

Je suis fière d’avoir écroué ces murs

à cran de ratures,

éraflé leurs crocs à coup d’acronymes

lorsque l’étreinte du froid m’accrochait.

 

L’encre, cumulée à crédit,

âcre son de ceux

dressés au silence,

sortait du sac au soir sale

 

chaque arrête menaçait mes doigts de crin

les creux seuls, s’en accommodaient ;

 

des signes sans signifiant, seule signature :

un signal du sang

qui se serre sous l’effet des souvenirs ;

 

la crasse sous la couleur coule,

deux acres s’écrient :

les crimes maquillés dans les caves

et ceux encore calqués dans des enclaves

s’écroulent.

écrire à l’encre,

c’est comparaître devant un parquet de calcite,

c’est casser une écale pour en déceler un code.

Dans l’accotement

s’inclinait, à chaque éclat,

ma liberté incrédule.

 

la trahison

 

Demain, si vous voulez, mais pas ce soir

je ne trahirais pas

pas aujourd’hui, il fait encore jour

demain, si vous voulez, mais pas ce soir

mon feston est troué, à l’intérieur, il est mité

et je suis nue en dessous

ce n’est pas un jour

pour la trahison

il fait chaud, à titre exceptionnel

vos ordres ont fait le mur de leur barre de papier,

vos ordres ont quitté la circulaire

pour

une forêt  de pins secs dont vous n’aurez la science

ce n’est pas un jour pour trahir

si vous tirez, le gibier se tiendra

ce n’est pas un jour pour trahir,

il fait chaud et vous puez

sous le suaire froissé

de vos propres menaces.

Le bras jeune

 

Son bras luit sur le tertre

offrant à la patrie

ses fils ramifiés

au fusil .

 

A genoux, les yeux joints, sur la bute

lui, rêve à pleines lèvres

à en avaler l’astre

dans l’air insolent

d’une plaine sans commandement.

 

Au réveil, il déplie sur son front

son rêve, comme une image

tout idiot, crayonné du bleu des nuages

c’est le rêve de rois arbres

qui se retrouveront.

 

Il étire son bras sur sa tête

— ce bras

qu’il devait tenir secret —

et qui ne tient même plus

il en désigne une branche

pour être le crayon.

 

 

S’exhalent, au pied du promontoire,

infestés des baves d’un espoir impudent

les râles avariés des canons enroués

toujours eux, grabataires

aussi raides que leurs caricatures

et sales encore

de toutes les dernières guerres.

 

Cette fois, le feu s’affaire sans flammes

les siècles l’ont bâfré

de sciences fastueuses

il fane là, fauché par un souffle contraire

sur les flancs inchangés d’un monde

secondaire.

 

Lui, n’ouvre pas l’oeil

dévoré d’une brume basse

il est trop affaibli

pour piller à la plaine

ses rares saveurs de gris.

 

La lave coule, il parle à dieu,

se déboutonne d’abord

sur l’herbe rase, il est le seul reste

lui et son rêve des couleurs.

 

 

Le colonel blessé

 

A marche forcée

Au sol esseulé

le soleil bat l’heure

tombée à ses pieds

il garde le silence

sous son feston

le drapeau sur l’épave

a perdu sa peau

au bas mot,

il pleut à apeurer un train.

 

 

 

A la bonne heure

 

A cette heure-ci, le grand théâtre reste ouvert, crachant ses masques jusque par-delà son trottoir, pilon trop fier de la ville. Des grands gens rentrent. Le bout des avenues est rompu par des autos garées, obèses, en triple file. Tout se hâte de périr et je n’y suis pour rien. La nature est un poteau muet dont la teinte s’efface par elle-même, raclée par ondes dans la nuit gémissante. Près de la gare, le staccato des essieux sur les rails endort les derniers réveillés.

 

A cette heure-ci j’étais attendue, sur ce quai, au dos de la première horloge. Ce soir, tous les dés soient face six ! A la bonne heure, je me tiens, tas dur de latérite devant les briques de grès, les genoux cognés l’un contre l’autre, résolus à l’alerte.

Je tourne, et on entend mes pas. Ça raille.  « A la bonne heure, tu partiras. » Les talons enchaînées à des bottes trop sures, c’est pour la première fois que je scrute mes yeux, à la hauteur du mur. Ils sont allés chercher du ballast, une portion évaluée par rapport à la taille de ma bouche. Ils la frottent à mes dents. Aucune flamme ne proclame la rencontre. La pierre érode mes joues intérieures. Ils rouent de gifles la poubelle la plus proche. La dame verte blêmit sous les coups de pointe de cuir, puis, dans un réflexe post-mortem, restitue ses nourritures à la rue qui les lui avaient données. A présent, je suis seule, parmi le ronflement irascible des choses.

 

Mon flanc serré malgré lui au contenu renversé rejette d’un battement l’ordre du monde. Mon corps se redresse. Il se sait menacé mais connaît sa prérogative. Je murmure : « mon franc arbitre ». L’autre ne comprend pas, et indique à sa compagnie que je réclame combat. Un fond de crâne ras détermine le ring, une parenthèse entre les deux poubelles qui, sur le quai, demeurent droites. Mes poings entrent en eux-mêmes. Ils savent qu’ils doivent détraquer le rythme de l’autre. je mime des mains une danse, ou une comptine, je ne sais pas, quelque chose qui existait à l’Ouest et qui me rappelle que l’action est une joie pour l’âme. L’autre déclame ses coups à tous les points fragiles du visage et du ventre. Un instant, je l’observe. J’ai encore le temps de regarder sa face ; elle n’est rien de moi. Entre lui et moi, aucun échange ne sera possible. Je n’ai rien à apprendre de lui. Il n’est pas l’or d’une énigme pour autant que son corps est un point de contact. Les bras de l’autre me percutent, et pourtant, je peine à les percevoir. Est-ce la célérité de ses mouvements qui me retiennent de le voir ? Son visage, confondu à la vitesse des coups, ne m’est pas accessible. Sous les impacts, ma mâchoire se rassit peu à peu de douleur. On verse du vin rouge sur mes bras. Le tanin épais gonfle les rainures de mes doigts. Il fait si chaud, alors que mes jambes ne parviennent à s’acquitter du gel. Soudain, tout le poids de mon corps bascule vers la masse de l’autre. Il est le seul que je puisse vouloir tuer. J’entends ricaner une bouteille qui se casse. « A la bonne heure, tu partiras » se brise les reins au sol. Les autres se précipitent à l’intérieur du ring. Cependant, je dévale le quai, m’échappe par le petit escalier du dépôt qui mène à l’avenue principale de la ville. Les autos blotties sur le pavement ; la neige qui ne descend pas jusqu’à leur vitres, les camions à l’arrêt : tout dort équitablement.

A l’aube décrite, il saura.

 

La bordure du quai

 

J’ai raté le train de vingt-et-une heure

les flaques sur le quai

ont noyé mes minutes minuscules

et les pierres roses de l’Est

se moquent des raideurs de mon sang

qui font rougir la neige

de terreur.

 

J’ai raté le train du soir

qui est le dernier du jour

 

 

Le quai, abat posé à terre

amas sans armatures, ne mens pas !

ôte mon soleil de tes tessitures grasses

rappelle tes arcanes et racle les devant moi !

mais ton socle est rouillé

pour entendre ricaner.

 

 

La rigueur glacée du grès

par-dessous mes pieds joints pour attendre

me rappelle pourtant

mes joues, au feu, précisément poinçonnées

pour avoir parlé.

 

Le croisement des rails répète

ceux qu’eux seuls, sinueux, ont su voir

mes bras entrepris sous les arcades de ma nuque

pour ne jamais obéir.

 

 

Un court matin, pendant le froid – celui là qui pend à ma respiration,

je retournerai de force

à l’Ouest

 

Autour de moi s’épandra la ville

sereine et terrifiée.

 

II. Après-guerre

 

Lorsque vint juin

 

Lorsque vint juin, les nuits décidèrent de s’abréger et nous partîmes des chambres par le premier autobus. Filer à la gare. Trahir son sommeil pour jouir de nos jours. Accorder notre pouls à l’heure qui s’ébat.

La sonate libre des croches qui sabrent le sol à l’aube encore timide d’humidité ! Que je vois le soleil sous sa forme décente, derrière nos sacs, nous frayant en secret la route défendue du dépôt !

Par le premier autobus, par le premier saut de mes pas, je suis descendue sur la voie. Je l’ai longée, la pointe des pieds dans l’interstice des rayons des rails, semblables au seigle.

Nous nous déchaussâmes et apposèrent nos mains sur quelque uns des vieux wagons restés détachés. L’on troua en silence l’un des flancs de ce champ ouvert, à l’orée de la marquise, gercé encore de la nuit constellé d’astres ennemis.

Dans le vacarme énorme des bêtes endormies, ce n’est pas des étendues mais des poids animés que je découvris ; ce n’est pas des surfaces mais des ombres qui travaillaient près de moi. Les débris de panneaux, les chutes de rideaux maculées de terre, les câbles enlacés aux gros bras des boulons de métal, tout s’animait ! Ce que je trouvai dans ce pré, c’étaient autant de parties d’une âme qui semblait avoir été brisée telle une glace immense et sans rebords. Le soleil, déjà, poussait les linteaux des portières avec la célérité d’une bête féroce. Vite ! Nous grimpâmes dans l’unique train du mois qui portait vers l’ouest, le corps mûr des bris d’âme dérobés. Les ronflements gras de la matrice âgée nous cachaient.

 

 

Le soleil ne se tue pas.

 

A présent, le train file à toute allure à travers la campagne. De dehors, on doit voir mes dents dépasser de la nuit, comme une bestiole heureuse sur sa planche de bois. Il n’y a que nous qui pouvons les voir.

 

On arrive. La locomotive retrouve son butoir. Elle ne sait pas qu’on rentre. Elle ne sait pas pourquoi on est en elle. Il fait noir, mais le soleil ne se tue pas.

 

Dieux qu’il fait chaud, ici ! Les lumières des phares prolongent la locomotive jusqu’au hall central. L’enseigne du buffet casse le ciel de son rouge délavé.

 

Sur le quai, il y a dix millions de personnes.

Si je pouvais, je couvrirais mes nasaux d’un suaire

et du sang qui détourne

lentement les cratères de la grève

pour ne pas qu’on voit que je viens d’une guerre

que l’on ne partage pas.

Je tape sur le train et étaye à tue-tête

les noms qui ne sont pas revenus

jusqu’à leurs lèvres

mais qui pervibre les miennes

et trouent trait pour trait la matité des mots.

 

 

Dans le hall, on jette des fromages

et même les horloges digitales chantent la valse du coucou

fat cocu,

il fredonne des refrains

je n’irai plus mes frères,

je n’irai plus au froid !

Et j’oublierai le fracas du fer !

Frivolité, je diffère,

je file au buffet.

On mate mes galons

faut-il que je me déshabille ?

On m’assoie. « Quel café ? »

 

Les gens boivent et bavardent en répétant des gestes que je n’entends pas. Ils prennent de la place, à leur petite table. Je regarde les insignes qui commencent à pâlir, sur ma veste.

« Un café crème ou un café expresso ? ». Je cherche les notes en bas de page. Non, il n’y a pas d’urgence. L’issue n’est pas fatale. Je lève les yeux sur le garçon de café qui s’impatiente. Nous nous levons, moi et ma valise démobilisée. On n’a jamais été aussi libres qu’à l’Est.

 

 

Je m’en vais, au vent roulé

moi et ma flamboyance dépareillée

fournie en gros, volée en vrac

je m’en vais vers le centre-jour, la tristesse d’un soldat sans guerre.

C’est pis que pendre que ces centres à leur place !

 

 

 

 

Sous les gosiers des fils.

 

 

Sous les gosiers des fils électriques, les lettres des enseignes s’affichaient grasses, lourdes à en tomber par terre, et les antennes titubaient aux balcons, perpendiculaires aux cordes à linge. Les lignes ! Libres, avec leur géométrie primaire ! Vibrions inviolables, voltiges, volume avalés de la ville ; où êtes-vous ? Les lampadaires surpeuplent le trottoir. C’est nouveau, toute cette luminosité.

J’observe plus en détail les bas reliefs des immeubles : je ne me suis pas trompée. Les graphies ont minci, les panneaux se sont assouplis, les lumières allégées. Tout semble répéter le sourire anodin, presque gratuit, des gens du buffet de la gare. Je reste là avec ma valise de cent livres ; à onduler mes yeux lentement autour de l’avenue. Il n’y a plus de lignes visibles.

Le « bruit » libre est délabré, sur mes lèvres.

 

Je laisse échapper un crachat sur le goudron, une vielle météorite dans un univers sans système ; et pourtant, gravitent autour d’elle tous les panneaux et les enseignes que je n’ai pas vus éclore, des  grappes d’enfants que je n’ai pas vu grandir, des gestes que je n’ai pas senti germer, des brins de phrase dont j’ignore l’étymologie.  Dans l’urgence, je les photographie, sans cadrage, à contre- jour, en mouvement. Ils m’ont manqués.

 

 

Sur le dos des rails brûlants

 

Sur le dos des rails brûlants,

cuisinières du monde,

Je n’écrirai rien du tout.

Ils fuient, d’ailleurs, les rayons de ces astres tintants ;

a quoi bon les attacher à une ancre?

Est-ce à moi de compter

les veines sur les bras de ceux qui les louent

et les points sur les langues des mâchoires écroulées ?

 

Ils fuient sous leur propre lumière

qui écrase l’épicentre de mes yeux

au sol, symétrique du ciel

si, c’est ici que scintille mon encre !

Si c’est à moi de compter

sur la voie,

les veines sur les bras de ceux qui les louent

et les points sur les langues des mâchoires écroulées

si c’est à moi de séparer le ballast du grès

j’écrirai

sur le dos des rails brûlants

alors, le soleil racontera leur ombre

sans l’irrascire.

 

III. Paganismes.

A la gloire des spectres

 

Marcher pas par pas, piquer un point du lointain pour en faire une ligne de mire avec un aiguillon imaginaire pour quelqu’un qui ne sais même pas coudre, et surtout, ne pas oublier : « Je » n’existe pas. Le moi est une fiction, que l’on a peut-être ramassé dans une gare, dans une grande salle, ou qu’on a noué à une valise pour partir sans retourner sa tête.  « Je » n’a jamais existé, même dans aucun fond de carton, dans aucun billet de loto.  Il y a l’odeur du souffre que l’on humecte en tailleur, l’arrière train reposé sur un cuir éventré, et les figures sombres dont la teinte ne remplace pas le bois beige des wagons, mais c’est tout. Se rappeler que les choses ne reconnaissent rien d’autre ; et aller.

Les bonnes femmes se penchent pour acheter leurs choses, elles courbent sans genre l’échine à l’entrée de leur auto, et effectuent un nombre incroyable d’oscillations dont elles n’ont pas conscience. Je traque les gestes anodins, voilà mon métier. J’observe chaque petits déplacements afin de dessiner mentalement la ligne génératrice du mouvement du corps. La brutalité des organes s’estompe sous ma rétine. Le corps n’est pas une machine. Il est une partition sur laquelle se jouent, sur plusieurs portées de clefs différentes, une mélodie, fluide, continue, nécessairement harmonieuse. Personne ne commande cette mélodie, parce qu’on ne peut ni la répéter, ni la réfléchir, ni la réorganiser. La seule chose qu’on puisse, c’est écouter, patiemment, en se postant, sans qu’elle ne le sache, derrière sa caisse de résonance. Mon oreille joue à transformer les bruits en sons, les sons en notes – signes et figures —. Puis, j’en viens à saisir, une fois les notes distinctes les unes des autres, la mélodie que compose le mouvement du corps. La dame se baisse pour sortir la monnaie de sa bourse. Je sais quel moment est le bon pour m’approcher d’elle. Je tire sur une corde, délasse des deux doigts le collier qui entoure sa nuque. Chaque fois que je soustraits un poids d’un corps, j’ai volé le mouvement qui anime un corps. Tout est pillage. Il n’y a rien qui n’ait été volé.

Oh, Adieu, vieille vie, cercle clos, cependant troué de la circonférence d’une seule pièce, si toutefois on peut dire qu’elle en respectait la figure ! Adieu, vielles caves qui réparaient mon corps diaphane, l’ombre n’a jamais noyé une fantôme ! Non, je ne crois pas m’habituer à la lumière du jour, car l’ombre est la mère qui portait mes traits. Ce qui manque à mes membres, c’est le butin qui les complétait, ce fatras que je serrais contre mes aisselles, sans ordre ni valeur, et qui avaient, posés sur le parterre de ma chambre, la chaleur humble de brindilles. Je vacillai dans les fossés, l’haleine allumée au néons par l’heure avancée et l’alcool qui les multipliait. je n’avais ni peur ni peine d’harponner les bandits de quartiers : à ma vue, ils partaient, ah ! les enfants rangés ! Oh adieu, vie en vol, vie où « rien » transportait dans ses sacs en plastique l’espoir de la moindre chose !

 

 

La halte hâlée s’en est allée

 

Loin, là

Les longues locos enhardies

au hèle long des lignes enlevées.

 

La halte hâlée s’en est en allée

et sa place pleure à grosses planches

la grâce a-t-elle perdu patience?

 

Suspendu, mal droit

Son nom bleuit sous la marquise

Joue battue au tôt matin,

Blême sous le soleil qui perce

et dépeuplée d’oiseaux.

 

 

Elle n’attend plus

dans un accès d’orgueil

que le lichen coquet

pour cacher la rouille

qui s’accroche à ses larmes

et qui demain pendra

comme d’antiques stalactites.

 

Un soir s’assoira

sans décence, jusqu’aux crocs salivants du ciel

un centre commercial

de silice.

 

 

La rue des deux gares

 

 

Il y a des travaux dans la rue des deux-gares

Au matin, le vent décharge ses cageots d’air

 

des hommes hissent leurs mains sur de hauts mas de plomb

Ils imitent de leurs bras

les arpèges du vent

qui se pend à des fils électriques

en se payant leur tête.

 

Eux, fiers à bourlinguer

leur propre psalmodie

Tendent les bras pour emboutir le ciel

dans le tourneboulis imparable

Du nouveau jour.

 

 

L’enfant- autoroute

 

Naguère, je me mirais dans une des vitres arrières

engorgées de broussailles qui reportaient le départ ;

au garage, se traînait la ferraille , avachie

contre un soleil de sans-plomb.

Amarrée en silence dans une sereine hâte,

de ma cabine, je devinais les clapotis des vagues

des vacances.

 

 

Je rêvais alors de ce chemin ou l’erreur est un peu d’air,

et de ces fées aux bras de cuivre qui autorisent les fautes ;

j’imaginais l’herbe tel un ballon d’eau chaude

que l’on jette en riant sur ces grosses nuits, hagardes et serrées

comme le seraient peut-être des sacs remplis de sables.

 

 

Je ne souhaitais plus rien que ces balancements

qui retardent les oreilles

et assourdissent le front.

Que vînt le soir

Avec la poussière pour seul obscurcissement :

A marée haute,

les phares sont plus clairs et plus jaunes.

 

 

La chaleur innocente de toute géométrie

le revers des vitres dessiné par une plaine ;

le gris apparaît rose au creux des maisons basses

dehors est immense, en plein sombre.

 

 

Naguère je regardais

les camions fendre les cieux,

voiles sans mas,

estives sans estime

dont les toiles déchirées

incantent les cheveux verts

des autours

l’herbe, fibroïne, bleue toute entière.

 

 

Les couinements lents des moteurs

m’emportaient dans leurs courants de fer

Les inalpes de juillet,

jusqu’aux panneaux du soir,

lieux-dits illisibles

à l’oeil déteint.

 

 

Naguère, j’écoutais sans effort les phrases de la matière.

 

Au réveil,

il est cinq heures,

la petite aiguille

rabat les pixels de la nuit :

les mots ont changé d’heure.

 

Ferment

 

La ferme s’étendait par surprise, comme une assiette jetée de très loin dans la plaine délaissée.

Trempées, suant de l’encre qui écrivit leurs rêves, les herbes annonçaient les travaux des jours. Très tôt, Les froncements du soleil forçaient à l’effort. Déjà au matin, il menaçait de craqueler à en courber les mais. Il n’ y aurait rien de droit dehors que l’oeuvre des hommes et des bêtes. On étouffait, même au xjeux. Les heures ralentissait nos gestes. Les frelons signalaient à nos bras chaque fraction d‘inadvertance.

Je veux revoir ces femmes aux mains travaillées par l’éclat exigent du jour, derrière le pré, nouer sur ma propre tête leurs fichus embarrassés de terre. Je veux revoir s’enfoncer les vieux fessiers qui s’embourbent toujours dans les plis de la terre, mal repassée. Je veux revoir apparaître sous les poussières brunes l’escarpement de mes paumes. Puissions-nous à nouveau saisir sur les creux du champ les pommes cédées aux arbres, traversées de vers.

Tard seulement, les feuilles des buis renonçaient au jour. D’un mouvement brusque, les moteurs des machines s’interrompaient. On se pressait de rentrer les derniers torrillons endoloris par les rayons blancs que renvoyait la sècheresse sur leurs flancs rutilants. Le soleil affamé poussait l’enseuillement des fenêtres. On rejoignait les vieux qui bavardaient, adossés aux crépis des masures, subornées d’un jaune écarlate— c’est la colère du jour que supportent les murs. A cette heure-ci encore, il faisait trop chaud. Nos jambes de sable pliaient sous le poids de nos organes entrain de tourner, telle des barriques de lait cédées au soleil.

Il fallait se dépêcher de ramener les oeufs du poulailler. Dans les grès mats du carrelage, se rappelait l’odeur des figues jamais mures ou déjà tombées. Le souper tombait de son pain complet. Je veux revoir cette table, et non son lent souvenir installé, à quatre piliers, dans ma conscience. Elle restera là, étendue, foncée des couverts de tous les convives. Le soleil qui se pend au petit soir au rebord des fenêtres a fermenté.

 

Je titube, avec mon sac de grains volés le dernier jour. Ils gonflent, devenus beiges à l’ombre, tandis que mes années s’abattent. Il m’arrive même que les mouches me manquent.

 

Villereal

 

Dors, ville

Mille payés en francs pour un seul de mes rêves

j’ouvrirai la fenêtre

sans permission.

 

Il fait chaud encore

dors vire

un TGV a défait

la petite carte grise à points roses

j’y suis

je suis déjà en bas

tous dorment

à attendre plein jour

la nuit sera à moi

et aux voleurs !


 

Paganismes

 

Je viens de la ville de l’Est

Je viens de quatre demi-cercles

Ô halte,

Marquise fatiguée au fer rouge,

Ma vieille mère !

 

L’heure sombre et reste fière

Statue d’air sur le fronton 

De la gare

Je suis l’engeance de la

Couleur de sang et des pilones

De fer

 

Marquise à minuit

Les troupeaux des batailles

Enterrés à la hâte,

Sous ton arc fut

Ma naissance.

 

Vieille ville, val vide

Verre miré pour la dernière valse

Vautrée dans la neige

Veille vide, d’où j’évade

Les doigts déliés en « V »

 

Verre vil, avenues livides

Varice de silice par-dessous les vents

Saoûls, sourds, soudards !

Viande vissée à la gloire

De l’Ancien Régime

Sous les pavés vacants

Je te dois plus de dix wagons,

Dis

Et combien de deniers à tes vers

De vendeurs ?

Tes revendeurs de peine !

Je te dois dix wagons de sémaphores

Je les ai fait voyager

Va ! Veille vide,

Je t’aime toujours à tempes froides.

 

Dieu, j’avais l’oeil vieux quand

Le feu m’étripait

Haute, la tour de famille,

Haletait comme une menace ;

Au-dessus de l’autel de ville,

Sévissait l’espace,

Je cherchais des lunettes pour philosophe

À un prix dérisoire

On attendait la rénovation

Des dix-cent monuments

 

Sur la rue gâlée, agitant son angoisse

Tapait l’heure souscrite

Avant Dieu, j’avais l’œil du feu

Mais, cette ville-là se doit à la nuit

Toutes les horloges, tous les quais

Et les dents chancelantes

Lui rendent son salut à temps sûr

 

Cette ville-là se doit à la nuit,

À la nuit de six heure

Le tocsin passe pour six

Tasses, tabassent

Six heures, la souillure du soir

Six fois cinq,

Salues échancrées

 

La ceinture sur les os des enfants ;

La neige sur les chars

A perdu ses fonctions

Dieu, j’avais l’œil vieux

Quand le feu m’étripais

J’étais alors une vierge

L’anneau tâché de rouille

La neige sur les chars

A perdu ses fonctions.

 

 

 

 

 

 

 

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