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Elle

Dans les petits matins du monde tu dors encore et tes rêves sont autant de perles perdues de ton collier. Collier de la mer à la longue chevelure. Dors et ouvre les yeux pour me voir veiller ton corps dans la fleur du sommeil. Perle engagée dans la pierre, ma langue est à l’abri dans le feu que tu entretiens. Dors soleil et naissance, dors toi et ton double, je bois la fièvre de ton or liquide, je bois à la cache de tes lèvres et je dévore les vipères du temps. Je soulève la poussière de tes cils et ton regard est le parchemin des étoiles où se dépose leur lumière dans une union ardente. Se dépose la douceur de tes formes dans un espace de miel lorsque mes yeux s’ouvrent vers la découverte de ton corps et mes mains dessinent, épousent, éprouvent la nuit du grand commencement. Tu dors et ton charme ne se tait pas, je dors auprès de toi et nos songes se rejoignent, content l’histoire du sable et les paroles du vent au travers des arbres comme des symboles de bois dans la forêt du désir. Que nos yeux se rencontrent lorsque la lyre fait réflechir les collines, les rivières, et que je cherche à me reposer contre ton visage comme à la clarté de la lune. Abreuve-moi de ton hasard, abreuve-moi d’un coup de dé, je demande ta jeunesse de coquillage je te donne la mienne d’embruns. Partons depuis tous les ports du monde, tous les ports du monde ne sont qu’un astre de départ et tous les départs sont de demain. Tu dors encore ? Moi je dors entre tes bras, mes yeux sont lourds de ton parfum et brillent de ton mystère comme l’instinct de sagesse dans les yeux d’un chat, comète qui ne perd jamais de son intensité. Dans les draps plissés je loge dans le creux de tes mains et repose ma tête contre ta poitrine comme après un long voyage où l’amour aurait finalement donné consistance à la vie.

 

Ta présence énumère une suite de fleurs dont je reconnais les couleurs enchantées et ton parfum est le fil d’argent que je retrouve lorsque je repose auprès de toi. Des pétales de lumière jouent à me faire connaître tes parts d’ombres lassives, ta part volcanique, l’écoulement de la lave avouée de tes souhaits. Ta parure tu la portes tout le long de ton corps jusqu’à tes pieds, c’est ton éclat charnel de reine qui scintille avec l’enthousiasme et la force illimitée de l’espoir. Tant d’êtres ont connus ce qui ne s’épuise jamais, et cette vie est un éternel retour depuis la source jusqu’à la source. Déesses et dieux connaissent les fruits du paradis, déesses et dieux connaissent l’entraînement de la passion et les efforts de la passion les animent. Mais l’union n’appartient qu’aux mortels et est même la valeur de leur mortalité, l’union est le chant de l’éveil, le chant du choeur des morts qui appelle les vivants et leur verbe est si fort et si haut qu’il traverse les enfers. Je suis tout contre toi et nous nous enivrons de cette douce mélopée qui a rejoint nos coeurs malgré tout ce qui nous sépare. N’ayons peur de rien, soyons insolents envers la Mort sans perdre de la tristesse pour ce qui doit faner un jour. Mais que nos yeux ne se ferment pas sur des regrets, ni sur une révolte qui n’a plus sa place, que nos yeux se ferment l’un sur l’autre, sur ce que nous sommes l’un pour l’autre.

 

Enraciné dans l’onde. Langue de quiétude d’où rien ne sort, sinon une pause qui marque ton absence et c’est une bouchée de vent, creux de vie. Rien ne sort de la langue sans avoir bousculé l’origine des souvenirs, et combien me bouscule l’éveil au matin lorsque je sais que tu n’es pas à mes côtés. Ce que je sais de toi je l’ai deviné lorsque tes yeux étaient à demi-clos et lorsque nous nous regardions en silence comme deux étincelles qui se correspondent. Nous nous sommes déja connus et pourtant nous avons encore à découvrir l’un de l’autre, comme si ne nous étions jamais assez dit, comme si il restait toujours du temps pour aimer. Nos peaux s’effleurent et nos âmes intouchables se secouent en répétitions saccadés, prêtes à l’ailleurs, un canal vénitien où se déplacent d’innombrables barques. Nous faisons partie du cortège, la nuit est enflammée et l’eau est de sel, je t’enlace et tu me souris, et ce sourire épèle toutes les lettres de l’alphabet du réel. Un jour je t’emménerai au cirque, un jour je t’offrirai des fleurs, un jour nous irons à Versailles, un jour je t’écrirai un roman, un jour je sortirai de cette foutue clinique et de toutes les prisons de ce monde… Ta confiance est un morceau de mon miroir ambré et si je cherche mon reflet je trouve derrière ma pâleur et l’incertitude de mon futur ton visage incliné comme celui d’une madone. Attends-moi et apparaît mon amour, attends-moi sur les quais, les berges, au fond de la terre et haut dans le ciel, j’arrive bientôt, bientôt est le mot que les hommes ont donnés à l’espoir sans y chercher de promesse mais de l’ivresse. Attends encore, bientôt.

 

Il est encore trop tôt pour peupler ton corps de gravats de pluie et de givre, temporalité d’hiver, fragments du métal des météorites qui recouvrent la mémoire. En un cristal s’élève ton arôme fragile dont je saisi le noyau immatériel, mes paumes soulèvent ta peau de lys. Si je grandis, je grandirais en cueillant ta beauté avec la poésie des dernières fleurs qui poussent au bord des volcans marins. Si je grandis, j’irais boire ton alcool de corail et me griser de l’accolade que le cygne porte aux cieux lorsqu’il s’envole, la chaleur de mon corps est comme une voix qui s’éraille à réclamer ton nom, comme une voix intérieure qui chercherait à sculpter et polir chaque marbre de tous tes visages pour ne pas te perdre. Si je te perdais un jour, j’irais te chercher frémissant, tremblant d’avidité de toi sur le pont perdu devant la fontaîne enchaînée et il n’y aura pas d’horizon que je ne saurais couvrir de mon désir. Il y a un feu primitif que l’on reconnaît dans la quête d’amour comme dans la chasse au tigre. Il y a le manteau de charbon qui nous recouvre, un manteau lourd comme du plomb qui nous a fait une fois nous arrêter tous les deux au dessin sensuel de nos traits, le bout des doigts chargés de braises incandescentes. L’éveil d’un maître est comparable à la naissance d’un amour, le déchaînement de patience est aussi ardent, le déluge nécessaire de ce qui a été connu fait connaitre le même renversement dans le cycle de vie. Tout ce qu’il y a de beau dans l’habitude c’est tourner ton visage contre le mien, nous cacher ensemble dans le pli de cette habitude et vivre couchés de nos regards.

 

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