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Dis ce que vouldras

Déviés,
Nous sommes assis sur une chouette
De voile, qui craque comme une monture
*
C’est le vide.
Ci gît la faim. Et le froid. Quelqu’un
Propose d’être là
*
Nous ; là.
Les blessés se dressent et s’assoient
Pour préparer la défaite.
*
Le souffle
A encore fait une différence entre des flambeaux
Frondeurs, et les ancres
*
Tu tues.
Tu es assis dans le noir.
Ils se préparent.
*
Tu dis.
La volonté de découdre des clefs.
La nuit pas nommée.
*
Arrière.
Ca se dresse, et c’est assis aussi.
Tu en connais le nom ?
*
Les blessés sont dehors.
Nous. C’est nous. L’arche, est-ce que tu n’avais pas
Promis ? Tu avais promis, dis.
*
Taisez-vous !
Nom de dieu. J’ai besoin de terreau
Pour la tension. Ca appelle à sortir.

Concernement

                ***

– S’il te plaît, s’il te plaît attends-moi…  attends-moi.
J’ai quelque chose à te dire.

Tu ne m’entends pas, n’est-ce pas ?
Il y a trop de bruit…
Quelque chose de pas fini.

– Ne me dis rien, je ne veux pas t’entendre.

Une chambre jaune clair. Tu cuisines quelque chose de doux et d’amer. Je ne peux pas te dire que tu me regardes de travers. Je creuse ma terre. Tu me la donneras comme je la veux, je sais.

Ecouter, non, je n’écoute pas.

Cette chambre jaune… Il fait pourtant nuit. Et tu danses. Tu danses quand il dort. Ne me retourne pas, attends, tu penses que décider c’est te dire… Te dire… J’étouffe !

C’est amer. Tout à cacher. Cache des tords. Si je te dis si tu veux tu as des pierres.

Pitié ! Attends, attends.

Tu me détesteras pour ma vérité.  Tu haïras ce qui est amer.

Si je te dis ce que je veux… Arrête. Arrêtes de tête. Arrière aux sources creuses de la mère.

– La mer ?

Demain, j’arrière.

Tu  n’as pas encore de souvenirs. Sans ancre de souvenirs, c’est enfin au fond, là, lui. Tu sais de quoi je parle ? Mais lui… Lui, il est là et pleure, et je renonce à cette splendeur de mots pour entrer dans sa voix, et consoler.

S’il te plaît, aide-moi à fermer le lit, j’ai peur qu’il ne tombe…
Tu fermes le trou, tu as mis une couverture. Merci. Merci pour lui, et moi qui dors bientôt, le dos à plat et les mains posées sur ses bras.

Personne n’est dérangé, mais le milieu de la nuit est ouvert. Je ne peux pas vous dire de quoi je parle ; mais il s’est rendormi. Il ira voir la mer. Nous partis, et merci…
Je ne peux pas dire un mot.

S’il vous plaît, dites-moi où est la sortie…

                    ***

Cet anglais d’un certain âge nous accueille dans l’église Notre-Dame du Taur, mon père, mon fils et moi. La lumière point à peine mais étonnamment l’obscurité ne joue pas ici en défaveur de la beauté. Les murs défraîchis s’irisent d’or semble-t-il, et la fresque qui couronne l’autel coule des vitraux en même temps que le soleil. Il aime nous raconter l’histoire de cette église, parce qu’elle m’attire.

Deux siècles et demi après le christ, l’évêque Saturnin est venu prêcher dans la ville de Toulouse où nous sommes. A son arrivée au capitole, à deux pas de l’église, les prêtres lui ont demandé de sacrifier aux dieux païens. Face à son refus, ils l’ont attaché par les pieds à un taureau de sacrifice, sommé de le traîner par toute la ville jusqu’à ce que mort s’en suive et au-delà. Mais le taureau agacé des acclamations de la foule a pris la fuite par la porte nord de la ville, en brisant la chaîne. La dépouille de Saturnin est restée à même le sol. Deux jeunes filles l’ont enterré sur place, et c’est à ce même endroit qu’on a construit l’église du Taur – le Taureau bourreau malgré lui. Saturnin devint quant à lui un martyre, et l’église qui porte son nom, Saint-Sernin, abrite ses reliques.

La rue du Taur, qui relie une église et l’autre, a été le témoin de cet étrange convoi. Un taureau, porteur symbolique de vie, qui traîne derrière lui un mort, dont le nom saturnien encore rappelle aussi la mort.

Un taureau qui devait être sacrifié a sacrifié lui-même. Et lorsque la corde s’est rompue entre la vie tuant et la mort sacrifiée, alors le taureau s’est trouvé libre. Hors des enceintes de la ville, mais libre. L’homme aussi s’est trouvé libre. Hors des portes de la vie, mais libre. Chacun destiné à être violenté et humilié par la foule, hué et écrasé, dans un jeu de bourreau et de victime où aucun n’a choisi sa part ; ils ont fini par se libérer.

Plus libres que ce peuple qui les a regardés passer, sans savoir exactement ce qu’il regardait. Et qui pour n’avoir pas su, sera condamné à en regarder passer beaucoup d’autres, jusqu’à, un jour peut-être, se trouver à leur place.

Libre et plus aimant, qui sait ? Dans leur douleur commune, sans rien vouloir mais en acceptant tout, ils se sont liés comme on s’aime. Et l’histoire les aime, puisqu’elle ne retient qu’eux ; eux qui ont chacun leur église, avec cette rue comme une corde tendue. Tendue d’air et de lumière, où l’on peut s’attacher pour les respirer et leur donner un peu de notre cœur, pour enfin les remercier. Merci pour l’espoir.

Toulouse – cité des violettes et poètes, ville rose sur le chemin de Compostelle, la plus dynamique de France… Ville humaine et faite pour des humaines, j’ai envie d’ouvrir mes yeux pour te voir. Je sors le regard de mon ventre où il s’enterrait et je le porte sur tes eaux.

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